Evangile de Judas

NDLR: L’introduction et l’analyse de conclusion sont de notre frère Jean Degert. Les passages en italique sont des commentaires de Jean sur le texte lui-même.

Depuis quelques jours une incontestable excitation s’empare de certains esprits suite à la parution en anglais de l’évangile de Judas. Il s’agit d’un livre apocryphe dont on dit qu’il remet en cause la Bible, comme si automatiquement deux millénaires de foi allaient s’effondrer. Comme si la découverte d’un texte singulier emportait l’invalidation des autres.

Le texte n’a pas été rédigé par Judas lui-même, mais par la secte des Caïnites qui arborait un nom déjà révélateur en lui-même. Il s’agissait d’une secte faisant parti des mouvements ophiolâtres (les Ophites stricto sensu étaient les Naasséniens) (Leur nom vient du terme sémitique nahas qui signifie «-serpent » ; en grec «ophis»= serpent) proprement dits, bien que ce nom s’emploie mieux pour désigner le groupe de toutes les sectes ophiolâtres du gnosticisme

Les Caïnites affirmaient que Yahvé, qui avait crée le ciel et la Terre était incomplet, rempli d’ignorance et d’orgueil. Pour parfaire la nature divine, les Caïnites recherchaient des vérités prenant le contre-pied de la révélation juive et, à ce titre, érigeaient en modèles les antithèses des valeurs du monothéisme, dont Caïn. En effet, selon eux, Caïn, en tuant frère Abel aurait prouvé qu’il était supérieur à Yahvé veillant sur Abel. Ils lui ajoutaient pour compagnons de faits d’armes héroïques à travers les générations Ésaü, les habitants de Sodome et, bien, sûr Judas l’Iscariote. Ce dernier, selon ce que relate leur évangile n’aurait pas trahi le Christ, mais aurait été son « complice » pour que le salut de l’humanité puisse se réaliser. Judas aurait agi d’autant noblement qu’il savait qu’il serait maudit par les apôtres et les Chrétiens à travers les âges. Cette haine aurait aussi été également motivée par la jalousie des disciples envers Judas à qui seul Jésus aurait révélé des vérités gnostiques.

Les écrits apocryphes existent depuis aussi longtemps que certains textes canonisés et pourtant il n’y a pas de ferveur autour d’eux dans les médias. Dante Alighieri a trouvé le matériau de ‘la Divine Comédie’ dans l’évangile de Nicodème et un poète, pourtant très puritain, comme John Milton a écrit « le Paradis perdu » en puisant certains éléments hors des écrits canoniques. Le monde protestant ne leur confère d’autre valeur qu’historique et leur valeur esthétique n’approche pas celle de la Bible dont l’écrivain Michel Houellebecq dit qu’elle est très belle « parce que les juifs ont un sacré talent littéraire ».

Pourtant une revue plutôt éprouvée- Science et Avenir pour ne pas la citer- n’a pas résisté à la tentation de la vulgarisation sensationnelle pour mieux concurrencer peut-être sa rivale, Science &Vie, mieux rôdée au genre. Depuis, les autres médias se sont fait l’écho de la nouvelle et des auteurs doivent passer des nuits blanches pour publier au plus tôt un roman sur le disciple renégat.

Le texte a été publié en anglais et présenté à Pâques; une traduction française doit arriver sous peu. Pour ma part, j’ai eu envie de traduire le texte afin de partager mes réflexions fleuries de versets bibliques auxquelles le curieux peut se référer ici, sur la section Bible du site voxdei

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EVANGILE DE JUDAS (*, **, ***)

Introduction

Jésus fait la révélation à Judas trois jours avant la Pâque.

Le ministère terrestre de Jésus

Jésus, sur Terre, a réalisé de nombreux miracles pour le salut de l’humanité. Il a été intègre alors qu’il était parmi des pécheurs. Et il a appelé à lui 12 disciples.

Il ne leur apparaissait souvent comme un enfant (comment ils ont interprété son comportement ou ses paroles. La question est de savoir si le sens d’enfant est l’Innocence, la douceur ou s’il apparaissait physiquement en tant qu’enfant parmi eux).

SCENE 1: Jésus discute avec ses disciples. Prière d’actions de grâces ou eucharistie.

Un jour où il se trouvait avec ses disciples en Judée, Jésus les découvrit recueillis dans une attitude pieuse en observance des commandements. Quand il s’approcha d’eux, alors qu’ils offraient des actions de grâce pour le pain, Jésus rit. Les disciples lui demandèrent la raison de ses moqueries quant à leurs prières puisqu’ils avaient fait cela comme demandé. Il répondit qu’il ne se moquait pas d’eux. « Vous ne faites pas ceci de votre propre gré, car c’est ainsi que votre Dieu sera loué » répondit-il. Ils lui dirent : « Maître, tu es le fils de Dieu! » Il répondit : »Comment le savez-vous? En réalité, aucun des enfants de cette génération (plus encore : « aucune génération de ce peuple ») ne me connaîtra.

Les disciples se mettent en colère

En entendant cela les disciples se mirent en colère intérieurement, blasphémant contre lui dans leurs cœurs. Jésus leur demanda pourquoi cette agitation/trouble les avait poussé à la colère, ajoutant que Dieu en eux poussait leurs âmes à l’aigreur. Il demanda aussi que si l’un d’entre eux était suffisamment fort parmi les hommes pour atteindre la perfection (connaissance?) il se tînt devant lui (comme les anges au vu de la suite). Tous répondirent qu’ils avaient la force requise, mais leurs esprits n’osèrent se tenir devant lui, à l’exception de celui de Judas qui, cependant, ne put soutenir son regard. Judas lui dit : « Je sais qui tu es et d’où tu viens : du Royaume immortel de Barbélo. Je ne suis pas digne de prononcer le nom de celui qui t’a envoyé ». (Barbélo, dans la tradition gnostique, est l’aspect féminin de la Divinité et serait à l’origine du malheur dans ce monde. Barbélo se serait repenti, après quoi Dieu aurait envoyé le Christ sur Terre pour sauver l’Humanité.)

Jésus prend Judas en aparté

Voyant que Judas était prêt à être illuminé/à accéder à des connaissances supérieures, Jésus s’isola avec Judas pour lui enseigner les mystères du Royaume et lui dit qu’il était possible pour lui de l’atteindre, mais qu’il y aurait un lourd tribut à payer pour cela. Judas serait injustement blâmé et maudit par les Chrétiens. Jésus lui dit qu’un autre le remplacerait afin que le nombre de disciples soit toujours égal à douze afin d’atteindre l’accomplissement (plénitude?) avec Dieu. Judas lui demande « Quand me révèleras-tu ces choses et quand se lèvera l’aube du grand jour pour cette génération/ce peuple? » Mais quand il posa cette question, Jésus prit congé de lui.

SCENE 2 : JESUS APPARAIT DE NOUVEAU AUX DISCIPLES (un Jésus par éclipses)

Jésus réapparaît et révèle aux disciples qu’il est allé voir une autre génération sainte et formidable. Riant à la question de ses disciples curieux d’en savoir plus sur cette génération supérieure et davantage sainte, hors du royaume actuel, Jésus leur décrit ses qualités : aucune personne née de cet éon (La traduction anglaise donne «aeon» qui signifie temps infini. Je pense qu’ici, il est possible, vu le contexte mythologique, qu’«éon» fasse plus référence au temps qu’ à l’entité dans la scène 3) ne la verra, aucune personne née de la naissance mortelle ne lui sera associée, et les anges ne règneront pas sur elle. Les disciples sont troublés et restent cois. Un autre jour, Jésus vient vers eux et ils lui parlent d’une vision qu’ils ont eue à son sujet.

Les disciples parlent du temple qu’ils ont aperçu

Ils ont vu un immense autel, douze hommes qui leur ont semblé être des prêtres et un nom. Egalement, une foule attendant devant l’autel que les prêtres agréent l’offrande. Quant à eux, ils ont attendu (apparemment à l’écart).

Quand Jésus leur demande à quoi ressemblaient les prêtres, les disciples les décrivent comme pervertis : ils sacrifiaient leurs enfants, leurs épouses, étaient sodomites et impliqués dans des meurtres. Ils commettaient une multitude de péchés et répandaient le désordre/l’anarchie. Quant aux hommes devant l’autel, ils invoquaient le nom de Jésus et leurs sacrifices déficients étaient parfaits (participe passé du verbe et non l’adjectif). Après avoir parlé, leur trouble est oublié.

(Il n’est pas évident de savoir si en premier, les disciples décrivent les prêtres ou la foule pécheresse et l’attitude des prêtres, dans une réponse progressive. Soit les abominations sont le fait des 12 prêtres, dans le cas où les disciples répondent directement à la question, soit du peuple dans l’autre cas. Même au regard de la suite, cela reste ambigu)

Jésus donne une interprétation allégorique de la vision du temple

Jésus ne semble pas comprendre la raison de leur émoi et dit que les prêtres devant l’autel invoquaient son nom éternel qui dure d’âge en âge. Ils ont planté des arbres sans fruits, d’une honteuse manière.

Il leur dit que ceux qu’ils ont vu recevoir les offrandes, ce sont eux les disciples. Quant au bétail offert, il représente les gens que les disciples ont égarés/menés à leur perte devant l’autel… « Se tiendra debout et se servira de mon nom sur ce sentier et les générations d’hommes pieux lui conserveront leur fidélité. Et après, un autre homme se dressera parmi les fornicateurs, un autre parmi les infanticides, un autre parmi les sodomites, et ceux qui s’abstiennent, et le reste du peuple plein de souillure, d’anarchie et d’hérésies, et ceux qui disent qu’ils sont comme des anges. Ils sont les étoiles qui mènent toute chose à sa fin. Pour les hommes de tous temps il a été dit que Dieu recevait les offrandes par l’entremise des prêtres- c’est un faux ministère. C’est le Seigneur de l’univers qui commande : « dans les derniers jours, ils seront un sujet de honte! ».

Jésus leur dit : « cessez les sacrifices sur l’autel …. (Manques notables)

Jésus leur dit « cessez de lutter avec moi/me résister. Chacun de vous a sa propre étoile… (Manquent 17 lignes).

Judas questionne Jésus à propos de cette génération et de celle des hommes

Judas demande à Jésus quelle sorte de fruits produit cette génération. Jésus répond, à propos de toutes les générations, que leurs âmes périront. Cependant quand ces gens auront parachevé le temps du royaume (auront vécu leur vie terrestre?) et quand l’Esprit les aura guidé, ils seront sauvés alors que leur enveloppe se corrompra.

Judas demande ce que fera le reste de l’humanité, ce à quoi Jésus répond qu’il est impossible de semer des graines sur des pierres et d’en moissonner les fruits.(Puis il condamne apparemment la sagesse corruptible, mais il y a des vides. Il se peut que ce soit déjà une référence au dernier des éons, la Sagesse. Celle-ci, pour certaines sectes ophites, cherchant l’être, tombe dans le vide, où elle produit une sagesse inférieure. Elle est ramenée au monde divin par le Saint Esprit ; mais, avant d’y arriver, elle a pleuré dans le vide, et de ces pleurs est né notre monde). 

Sur ces mots, Jésus s’en va.

SCENE 3 : JUDAS NARRE SA VISION A JESUS QUI LUI REPOND/ L’ECLAIRE (illuminer)

Judas dit : « Maintenant que tu as entendu les autres, écoute la description de mon rêve, car j’ai eu une grande vision ». Entendant cela, Jésus rit et lui dit « toi le treizième esprit, pourquoi (me ?) éprouves-tu si durement? Mais n’aies crainte de parler, je suis à tes côtés! (ce Jésus s’adresse peut-être à un esprit qui va le tenter à l’approche de la mort en le tourmentant par le récit de Juda, puis il s’adresse à nouveau à Judas; comme quand le Christ semble réprimander Pierre; cf. Marc 8; 33)

Judas lui dit : « dans la vision, je me suis vu alors que les autres disciples me lapidaient et me persécutaient gravement (il parle de douze disciples, donc il sait déjà qu’il sera remplacé). Je rejoignis ensuite la place à ta suite. (Des manques). Je vis une maison dont mes yeux ne pouvaient saisir la mesure, entourée par beaucoup de gens et au toit en verdure. En son milieu se tenait une foule.

Jésus répondit à Judas « ton étoile (probablement au sens de destin, dans un sens quasi astrologique) t’a fourvoyé. Aucun homme de naissance mortelle n’est digne d’entrer dans la maison que tu as vue, ce lieu étant réservé aux saints. Ni le Soleil, ni la Lune n’y règneront jamais, mais les saints y demeureront toujours, dans le royaume éternel avec les saints anges. Regarde! Je t’ai expliqué le mystère du royaume et je t’ai enseigné quant aux erreurs des étoiles. Phrase incomplète signifiant peut-être « j’envoie cela aux douze éons ».

(Les éons- du grec «aion», durée, éternité, parce qu’on leur attribuait une existence éternelle- sont pour certains gnostiques des puissances d’origine divine, et qui servent à expliquer la création du monde visible. Ces puissances produisent des êtres de même nature que la leur. Les éons formaient une chaîne d’êtres intermédiaires entre Dieu et l’homme. Et plus exactement entre le Dieu suprême et le Yahvé des Juifs (dont les gnostiques faisaient une divinité secondaire), entre le Père et le Fils, et enfin entre ce dernier et les hommes).

Judas interroge Jésus au sujet de son destin personnel

Judas demande s’il se peut/si cela veut dire que ce qu’il sème est dirigé par le souverain (vraisemblablement le fait qu’il est destiné à livrer le Christ dans une perspective fataliste). 

Jésus répond (manque) qu’il sera très affligé en voyant le royaume et toute sa génération.

Judas demande pour quelle raison, c’est à lui seul que Jésus a parlé. Ce dernier répond qu’il sera le treizième disciple, qu’il sera maudit à travers les générations et qu’il viendra régner sur elles. «Dans les derniers temps, ajoute-t-il, ils maudiront ton ascension vers la génération sainte».

Jésus enseigne Judas en matière de Cosmologie : l’Esprit et l’Auto-Généré (infini, qui ne procède que de lui-même, une sorte d’hyper Dieu vu qu’il y aurait un Dieu-écran)

Jésus demande à Judas de venir et dit qu’il lui révèlera des secrets inédits, car existe un royaume sans bornes dont aucune génération d’anges n’a connu toute l’étendue et où se trouve l’Esprit, immatériel, que nul oeil d’ange n’a jamais vu, que nulle pensée du coeur n’a jamais pu appréhender, et à qui aucun nom n’a jamais été donné.

(Narration de Jésus 🙂
« Alors, un nuage lumineux apparut et dit de laisser entrer un ange pour le servir ». Un superbe ange, le lumineux et divin Auto-Généré, émergea du nuage. A cause de lui (de par sa volonté) quatre autres anges sortirent d’autres nuages et se mirent à le servir. Il créa la première/originelle lumière sur laquelle il régna. Il dit de laisser les anges prendre possession de l’existence (et des cieux peut-être) pour le servir et des myriades indénombrables prirent leurs places. Il dit de laisser un éon étincelant entrer en existence (pas forcément au sens du vivant basique, mais de la connaissance ; ils trouveraient leur essence, leur raison d’être).

Il ouvrit la seconde lumière et régna sur elle avec des milliers d’anges sans nombre à son service. C’est ainsi qu’il créa le reste des éons illuminés. Il les fit régner sur eux et il créa des myriades d’anges pour les assister ».

Adamas et les lumières (probablement les corps célestes).

(Adamas, selon les Naasséniens- ophites stricto sensu, était le Fils de l’humain ; c’est un androgyne dont sourd le courant de toute vie et d’où s’écoule de concert la matière et l’esprit de tout être. Il se peut que les Caïnites aient approché ces idées).

« Adamas était dans le premier nuage lumineux qu’aucun des anges n’avait vu parmi ceux qui l’appelaient Dieu. Il est à l’origine de la génération incorruptible dont procède Seth » (Seth, en plus d’être le nom du fils d’Adam et Eve est aussi celui du frère du dieu égyptien Osiris ; un lien existe peut-être dans leur gnose, du moins une récupération syncrétique. Mais les Séthiens, autre secte ophite, comme les Caïnites honoraient en Seth le fils de la divine Sagesse, représentant l’esprit, en opposition à Abel qui représentait I’âme et à Caïn qui représentait la chair; des éléments ont pu être repris ; et ici, Seth est le Christ).

« Il fit procéder soixante-douze lumières de cette génération absolument pure, de connivence avec la volonté de l’Esprit. Les soixante-douze lumières, quant à elles, firent trois cent soixante pareillement, toujours en accord avec la volonté de l’Esprit, ce qui donne cinq lumières pour chacune d’entre elles.

Les douze éons (il en est fait mention auparavant, mais la phrase est émaillée de manques) sont les sphères des douze lumières, avec six paradis/cieux pour chaque éon de sorte qu’il y a soixante-douze cieux pour soixante-douze lumières ».

« Il leur avait été donné autorité et ont été mis à leur service un nombre infini d’anges, pour leur gloire et, ajouté à ceux-là, des esprits vierges/saints qui glorifiaient et adoraient les éons, les cieux et leurs firmaments ».

Le Cosmos, le Chaos et l’Enfer

« Cette multitude d’immortels est nommée le Cosmos- c’est-à-dire la perdition- par le Père et les soixante-douze lumières auprès de l’Auto-Généré ainsi que les soixante-douze éons. En lui, apparut le premier homme avec des pouvoirs incorruptibles. Et l’éon apparu avec cette génération, celui en qui la nue de la connaissance et les anges, est appelé El. Après cela, l’éon ordonna de laisser douze anges prendre le règne sur le Chaos et les Enfers. Et du nuage apparut un ange dont le visage était comme incandescent et qui se présentait comme maculé de sang. Il avait pour nom Nebro qui signifie rebelle ; les autres le nommaient Yaldabaoth. Un autre ange, Saklas, sortit aussi du nuage. Nebro créa, comme Saklas, six anges pour qu’ils l’aident et chacun de ces douze anges reçut une portion dans les cieux ».
(Chez les Ophites, Yaldabaoth est un éon identifié à El-Shaddaï, ou Yahvé connu sous le nom « le Tout-Puissant » ; il procède d’Adamas)

Les souverains et les anges

« Les douze régnants parlèrent aux douze anges… » (La phrase, importante vu l’un des sujets, est largement incomplète. On peut supposer qu’ils les nomment et leur attribuent des fonctions).

« – Le premier est Seth, autrement appelé « Christ ».
– Le deuxième est Harmathoth.
– Le troisième est Galila.
– Le quatrième est Yobel.
– Le cinquième est Adonaios.

Ce sont ces cinq qui règnent sur les Enfers et avant tout sur le Chaos ».

La création de l’Humanité

« Alors Saklas dit à ses anges « créons un homme à notre image et notre ressemblance ! » Ils modelèrent Adam et sa femme Eve dont le nom dans les nuages est Zoé. C’est sous ce nom que les autres générations identifièrent l’homme et que chacune d’entre elles nomma la femme. Le souverain dit à Adam que longue vie lui serait accordée, à lui et à sa postérité (et sûrement à Eve) ».

Judas s’enquiert du sort d’Adam et de l’Humanité

Judas demande à Jésus combien de jours vivra l’homme au plus. Jésus lui demande pourquoi il s’interroge à ce propos, Adam ayant vécu, avec sa génération le temps qui lui était imparti dans le royaume qu’il avait reçu.

Judas demande si l’esprit humain est mortel. Jésus répond que Dieu avait demandé à Michael de seulement prêter les esprits afin qu’ils puissent servir, mais le Grand-Un a ordonné à Gabriel d’accorder des esprits aux grandes générations sans mesure- il s’agit de l’esprit et de l’âme.

Jésus discute de la destruction des pécheurs avec Judas et les autres disciples

(Manque) « Mais Dieu a fait en sorte que la connaissance soit donnée à Adam afin que le roi du Chaos et de l’Enfer ne puisse pas régner sur eux ».

Judas demanda ce que ferait alors cette génération et Jésus lui répondit qu’en vérité, pour chacune d’elles les étoiles ont fourni des moyens d’achèvement/perfection. Quand Saklas parachève le temps qui lui a été imparti, leurs premières étoiles apparaîtront avec les générations et elles achèveront ce qu’ils avaient projeté de faire. Alors ils forniqueront en mon nom et ils tueront leurs enfants » (manquent six lignes et demie). 

Après cela Jésus rit et Judas lui demanda la raison de son attitude à leur endroit Jésus répondit qu’il ne se moquait pas d’eux, mais de l’erreur des étoiles qui se trompent au sujet des cinq combattants et qui seraient toutes détruites avec leurs créatures.

Jésus parle des baptisés et de la trahison de Judas

Judas demande à Jésus ce que feront/deviendront ceux qui auront été baptisés en son nom. (Vide de 9 lignes). Jésus répond : »En vérité, ceux qui font des sacrifices à Saklas (manque) Dieu… (Manque 3 lignes) toutes ces choses qui sont mauvaises ». »Mais tu les surpassera tous, car tu sacrifieras l’enveloppe qui me revêt »

« Déjà ta corne a été relevée
ton courroux s’est enflammé
ton étoile a brillé
et ton coeur a … »

(Des manques) « Et alors l’image de la grande génération d’Adam sera exaltée, car avant le ciel, la terre et les anges, cette génération, qui est des royaumes éternels, existe déjà (au présent dans le texte anglais, comme quand Jésus dit, de façon apparemment anachronique «avant qu’Abraham fût, je suis» de Jean 8 v. 58 ; probablement un effet de style dans une volonté imitatrice pour conférer de la vraisemblance et gnostique).
« Toutes choses t’ont été enseignées. Lève tes yeux et regarde le nuage, sa lumière et les étoiles qui l’environnent et l’étoile qui ouvre le chemin est la tienne ».

Judas leva le regard, vit le nuage lumineux et y entra. (Manque).

Conclusion : Judas trahit Jésus

…Leurs grands prêtres murmurèrent, car il était entré dans la chambre d’invités pour prier. Mais des scribes veillaient là attentivement avec l’intention de l’arrêter durant sa prière, car ils avaient peur du peuple depuis qu’il était considéré par tous comme un prophète.

Ils s’approchèrent de Jésus et lui demandèrent s’il était un disciple de Jésus et il leur répondit dans le sens qu’ils désiraient et reçut en main propre la somme.

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JUDAS VICTIME DE SON ETOILE ?

La dernière page du document éclaire la première scène lorsque Jésus s’isole avec Judas pour lui annoncer qu’il pourra atteindre le royaume, mais qu’il lui faudra en payer le prix. Judas dans cet évangile, comme dans les écrits canoniques livre Jésus pour une poignée de deniers.

Dans son numéro de janvier 2006, Science et Avenir sous-titrait sous forme interrogative « la réhabilitation du disciple maudit ». Le magazine, d’ordinaire sérieux quand il aborde les sciences dures, donnant la parole aux experts semblait même sous-entendre que la version caïnite selon laquelle Judas n’aurait pas été maître de son oeuvre, car il n’aurait fait qu’obéir à Jésus, est tout aussi, sinon davantage, crédible que les Evangiles retenus. Depuis la restauration et présentation de ce manuscrit il semble qu’on s’évertue à présenter le disciple comme un pion sur l’échiquier de l’Histoire et qui, indispensable n’aurait pas eu le choix. Les savants parlent de fatalité…

Pourtant, quand Jésus discute isolément avec Judas dans la deuxième scène de ce texte, l’idée même de fatalité est écartée. Le Christ annonce à Judas qu’il pourra atteindre le royaume, mais qu’il devra en payer le prix. Sans commenter la valeur de ces écrits, seulement leur propos par rapport au scoop, on constate une dissonance logique. Ce que dit Jésus dans cet épisode s’oppose franchement au la philosophie du fatalisme et ce sur deux aspects : Jésus dit à Judas qu’il lui « est possible de parvenir à la connaissance des mystères du royaume, mais qu’il connaîtra beaucoup de chagrin ». Ce discours suppose, d’une part, que le disciple a le choix, l’idée de possibilité comprenant celle de libre-arbitre; d’autre part, il est entendu que pour qu’il accède au royaume il faut une contrepartie et cela est, en réalité, non du fatalisme, mais une vision déterministe : son destin est lié ses actes, à sa volonté. C’est la logique de la chaîne de causalité : ici comptent les causes et les conséquences et non un diktat, une sujétion privant Judas de toute liberté.

La fatalité se définit comme un état où la volonté est contrainte en tout domaine par une force extérieure et supérieure qui lui nie toute emprise sur sa propre réalisation. La conséquence en est que le sujet voit sa destinée fixée d’avance et qu’il ne peut s’y soustraire. Judas, nous le voyons dans son évangile aussi, était loin de subir cette situation. Certains pourraient objecter que son salut dépendait de sa part à la crucifixion, qu’en quelque sorte il n’avait pas le choix et qu’il s’agirait d’un genre de fatalité relative, il n’en reste pas moins que la suite était subordonnée à sa volonté et que donc un principe de causalité est bien présent ici excluant l’idée d’un acte lié. Secondement, pour le Chrétien, même en considérant l’éventualité de cette fatalité relative, elle se mettrait directement en porte-à-faux avec l’enseignement des Ecritures laissant à l’homme le choix de gouverner sa vie (Deutéronome 30 : 15 ; ou Luc 18 : 41 où Jésus demande à un aveugle sa volonté, dans une apparente naïveté).

Luc (6 : 16) cite le nom « Judas qui devint traître » et même si le narrateur se place a posteriori, une fois l’histoire réalisée, il n’emploie pas le verbe »être » ce qui met en échec l’idée de fatalité, de prédestination. Si Judas avait été commis d’avance pour cette oeuvre funeste, cela aurait été comme inscrit dans ses gènes. S’il devient c’est qu’il ne l’était pas, c’est d’une simplicité biblique.

Par ailleurs, à plusieurs reprises Jésus annonce sa mort dans les Evangiles canoniques (Matthieu 16 : 21), mais ce n’est qu’à l’orée de sa mort qu’il révèle qu’il sera trahi (Jean 13 : 21). Ainsi bien que sachant dès le début qu’il serait livré (Jean 6 ; 64), Jésus ne le révèle pas réservant au concerné le choix. Connaissant le manque d’intégrité d’un de ses disciples, il lui laissait, néanmoins, toute latitude pour changer de voie et lui confie la bourse en ce sens. Ce n’est qu’à la fin que le Malin s’empare de Judas quand il est endurci comme Pharaon (Exode 10 : 20), Achab (2 Chroniques 18 : 19-20) ou le peuple (Esaïe 6 : 10). Ces exemples ne condamnent pas Dieu, mais révèlent qu’à un moment, le coeur humain s’étant tellement endurci dans la méchanceté, il est entraîné dans la cécité. Comme dans le cas de Judas. Si le Malin s’impose à Judas, c’est parce que celui-ci lui ouvre la porte (Ephésiens 4 : 27).

Le disciple maudit que le texte litigieux tente de réhabiliter avait déjà laissé l’ennemi des âmes s’emparer de la sienne jusqu’à l’aveugler à la Pâque. Il volait dans la bourse (Jean 12 : 6) ce qui n’était pas spécialement recommandé pour garder son âme pure. Le cheminement qui a conduit Satan a prendre possession de Judas n’a rien de fataliste, mais se situe dans un schéma déterministe où chaque situation est la conséquence de la précédente et où la volonté d’un sujet a emprise sur ses actes. Judas pouvait se repentir de ses mauvaises pensées et le lion dévorant (1 Pierre 5 : 8) ne se serait pas introduit en lui (Jacques 4 : 7), mais il a gardé son cap et la suite en a été affectée. Malgré cela, il lui est resté une possibilité de repentance sur laquelle ses remords n’ont malheureusement pas débouché.

La théorie de l’obéissance

Puisque la fatalité trop vite avancée ne peut expliquer le comportement de Judas inscrit dans une logique de cause à effet où il est seul responsable, se peut-il que la théorie de l’obéissance le disculpe?

Avant d’examiner cette question, il est attristant de noter que les médias incrédules manquent de bon sens en présentant Judas comme un esclave d’une puissance supérieure quant par ailleurs ils se gaussent des Chrétiens qu’ils jugent naïfs. Ce sont les mêmes qui, tout en n’étant pas catholiques, souhaitent être enfermés en conclave pour élire le Pape. Et en conséquence, ils ne se sont pas privés de dire que ce texte allait révolutionner une base du Christianisme (Science et Avenir, préc. p. 38 ; Le Monde 9 avril 2006). A ma connaissance, seule France 2 a remis les choses à leur place, notamment en donnant la parole à l’historien des religions Odon Vallet.

La nouvelle sensationnelle reposait sur l’idée du destin fatal de Judas, mais trouve, donc, peu d’étais aussi bien dans les écrits canoniques que dans l’évangile de Judas. Alors les médias mettent en avant que le Christ dans les écrits classiques aurait donné l’ordre, lors de la Pâque, à Judas de le livrer (Jean 13 : 27) en lui disant de faire promptement ce qu’il avait à faire. Est-il impossible aux chasseurs de nouvelles à sensations de réaliser qu’il ne s’agit pas d’un ordre mais de la constatation par le Christ de la décision du félon ? Jésus ne fait que dire ce qui est, qui est sur le point de survenir, dans une phrase purement déclarative où il ne fait que révéler à Judas qu’il sait ce qui se trame et qu’il ne s’y opposera pas. Pour Odon Vallet, si Jésus avait vraiment demandé à son « meilleur ami » de le trahir, il ne serait qu’un « malade ». Il y a bien une différence entre accepter ce qui va arriver et demander à un ami de trois ans d’y prendre part.

Plus tard, Judas reconnaîtra son péché (Matthieu 27 : 3-5). Si vraiment il n’avait fait qu’obéir à Dieu ou n’avait pu échapper à son destin, pourquoi parler de « péché » qui est une notion relative à l’existence du libre-arbitre ? C’est la volonté qui détermine la présence d’un acte pécheur ou non (d’où l’existence de villes de refuges pour les meurtriers involontaires; Nombres 35 : 11) et même le Christ, enfant, a du attendre l’âge de discerner le Bien du Mal (Esaïe 7 : 15).

Judas n’était pas nécessaire à l’arrestation de Jésus. Chaque jour, ce dernier était assis dans le Temple et personne ne l’y avait jamais saisi. Il y était, d’ailleurs, si tranquille qu’il a même pu y faire usage d’un fouet (Jean 2 : 15). Le temps était tout simplement venu.

Ceux qui voudraient voir dans les Ecritures une connivence douteuse entre Jésus et Judas en se référant à la Cène en vue de démontrer que l’Evangile de Judas n’est pas farfelu, pour ne pas dire ordurier, risquent de sous-entendre que le Christ s’est ignoblement joué de Judas, car ce dernier, dans les Evangiles canonique ne l’a pas livré conscient du fait qu’ils mourraient, tous les deux, sous peu (Matthieu 27 : 3-5). Serait-ce là l’image d’un Christ aimant ? Cela remettrait indubitablement en question l’amour de tous ses disciples à travers les âges et le reste de la Parole (par exemple Ephésiens 3 : 17-19)

Subsidiairement, admettre les théories de cet évangile, c’est faire sienne la prédication du salut par les oeuvres. Et quelles oeuvres aurait du accomplir, selon cet apocryphe, Judas pour être sauvé !

Une vie de croisés

Peut-être Judas était-il, comme l’affirment certains historiens, un zélote torturé par le dégoût que lui inspirait l’occupation romaine. On peut imaginer qu’il avait peut-être espéré que le Christ chasserait les envahisseurs et avait du enrager de le voir guérir le serviteur d’un centurion (Matthieu 8 : 5 s.). Si le disciple était vraiment un zélote, il devait opérer une confusion entre le message du Christ et ses visées politiques. Qu’il ait éventuellement souhaité la libération d’Israël n’est pas du tout blâmable- au contraire ! La présence romaine avec son polythéisme était une insulte qui rappelle la colère d’un autre Judas, du livre apocryphe des Macchabées, qui rejette le paganisme hellénique imposé par les Syriens. On peut imaginer que des raisons politico-religieuses aient amené Judas à suivre Jésus. Mais si sa foi en Jésus et ses choix politiques avaient peut-être semblé coïncider pour lui, ce qui alors justifiait ses actes et sa morale aux côtés du Maître, était peut-être ses options politiques plus que sa foi. Pour faire dans l’anachronisme, on pourrait alors dire que Judas vivait une théologie de la libération. On peut dire que c’est aussi, en quelque sorte, un problème contemporain qui se révèle lorsque les choix politiques d’un Chrétien lui donnent le sentiment que sa foi est plus saine que celles des autres, alors que cette dernière n’est parfois qu’influencée par ses convictions- par exemple en matière sociale- et non l’inverse. Judas, malgré cet éventuel amour pour un Israël pur de tout paganisme romain, ne fait qu’honorer Dieu des lèvres en ne faisant pas coïncider ses actes et pensées avec la loi d’amour.

Judas est celui à qui Jésus confie la bourse tout en connaissant les coeurs (Luc 11:17). Le disciple entendant les sermons, les paraboles du maître et constatant les miracles auxquels il participe, n’aurait-il pas comme Pierre au nom de tous pu dire « Tu es le Fils de Dieu! » à son ami (Luc 9 : 20) ? Si avec les autres, il en avait parlé, il semblait ne pas avoir réalisé l’importance de la révélation. Quand le Seigneur lui laisse la garde de l’escarcelle, n’est-ce pas parce qu’il lui laissait l’opportunité de changer de vie? Judas voyant le Christ révéler les pensées ne pouvait-il à un moment ou à un autre réaliser que le Christ n’était pas dupe et cesser ses vols? Soit pris par son péché il était aveuglé, soit il s’était accoutumé à ce regard jusqu’à ne plus être y sensible.

Comme les autres, Judas avait été missionné pour chasser démons et guérir les malades (Luc 9 :1). En attendant de recevoir le Saint Esprit et la conversion (Jean 14 : 17 ; Luc 22, 32), ils recevaient tous le même enseignement.

Jésus ne le déconsidérait pas et même lors de leur dernière rencontre il l’a encore appelé « mon ami » (Matthieu 26 ; 50). Judas a laissé l’ennemi entrer en lui quand il volait, quand il s’est emporté à propos du parfum versé sur les pieds de Jésus par la femme pécheresse (Jean 12 : 4-5). Apparemment, c’est suite à cet épisode que Judas a livré Jésus (Marc 14 : 10). Si les droits contemporains -même le droit pénal romain dont les droits européens continentaux s’inspirent- ne retiennent, en général, pas la responsabilité de l’aliéné, Judas était toutefois coupable d’avoir donné accès au diable.

UN ECRIT GNOSTIQUE

Le deuxième aspect important de cet évangile est la volonté de révélation de l’occulte qui y abonde. Le problème n’est pas, si l’on feint d’ y accorder crédit, le que le Christ fait des révélations, mais que Judas cherche à accéder à des connaissances mystiques. En effet, Dieu a dévoilé des choses impressionnantes à Daniel, à Jean et a ravi Paul aux cieux (2 Corinthiens 12 : 2), mais sont-ce eux qui tentaient d’accéder à des connaissances supérieures? La réponse est négative. Qui plus est, le contenu des révélations apocryphes ne ressemble pas aux autres habituels, non seulement en raison de leur flagrante hérésie, mais aussi parce qu’il ne s’agit pas de prophétie, mais de description des origines.

La Parole de Dieu met en garde contre la tentation de ce savoir pour savoir, du culte des secrets. Le Psaume 131 dit « Je ne m’occupe pas de choses trop grandes et trop relevées pour moi » ; Colossiens (1 : 26-27) dit que le mystère révélé est Christ. Encore, le Psaume 19 : 8 dit que « La loi de l’Éternel est parfaite, qu’elle restaure l’âme » ; il nous suffit d’être guidé par le Christ et de vivre ses commandements éclairés.

Cet écrit est inondé de ballades d’anges qui peuvent constituer une attraction pour ceux qui s’y intéressent beaucoup. On peut trouver une telle curiosité dans le Livre de Mormon (Moroni 10 : 14) qui parle du don de voir les anges et les esprits qui servent ; de même dans la volonté de quasi cabalistique de décoder la Bible pour prédire l’avenir. Cela jure avec l’attitude de Moïse qui plus que la présence d’un ange demande celle de Dieu (Exode 33 : 2 et 33 : 15) et avec Galates 1 : 8 renvoyant au diable tout ange apportant un évangile nouveau.

Existe, ici, une volonté de présenter le Christ comme ayant un comportement mystique. Ce Jésus vit parmi eux par éclipses et se moque de leurs faiblesses intellectuelles. Il s’agit d’un Jésus désagréable qui m’évoque le sympathique personnage de B.D. Léonard de Vinci (auteurs : Turk & de Groot) qui aime écraser son disciple. La B.D. est, d’ailleurs, plus intéressante que cet apocryphe.

Cet évangile insiste, aussi, sur la nécessité qu’il y ait douze disciples pour atteindre la perfection alors que la Bible dit qu’il ont été choisis en ce nombre pour juger les douze tribus (Luc 22 : 30). Dieu n’a pas eu besoin de 12 disciples pour atteindre une sorte de perfection; il se suffit à lui, ne doit rien à personne et a crée l’humanité gratuitement (Job 41 :2).

Il s’agit probablement de l’insertion de la croyance antique en perfection du 12 comme unité de mesure du temps et de l’espace. Ce chiffre a été en tout lieux le nombre des cycles parfais, immuables, de la nature et de la vie.

A la fin de la scène 3 quand Jésus discute de la destruction des pécheurs avec Judas et les autres disciples, il dit que Dieu donne la connaissance à Adam pour que l’Ennemi ne règne pas sur les hommes. En réalité, s’il s’agit d’une allusion à la chute, le fait de consommer le fruit interdit ne donnait pas la connaissance proprement dite à l’homme, mais la connaissance du Bien et du Mal (Genèse 2 : 17). L’homme et la femme n’avaient pas été crées stupides, puisqu’ils dominaient sur les animaux et ne pouvaient certainement pas s’abaisser à leur niveau, contrairement à ce qui dit Pic de la Mirandole dans son « Oratio de dignitate hominis ». Il ne leur manquait pas la connaissance, à laquelle Dieu ne s’oppose pas, mais ils ont voulu savoir ce qu’était le Mal.

Enfin, ce texte ne révèle pas le vrai Dieu en ne présentant Le Seigneur des Juifs et des Chrétiens que comme un hypo-théos, un sous-dieu. Cela ne ressemble pas tellement au mot d’Esaïe 45 : 21 ou de Jean 17 : 3.

ET JUDAS ENSUITE ?

Après avoir dit que Judas a reçu l’argent, l’évangile est achevé. Cela dit, il ne s’agit pas d’une contradiction avec les autres évangiles ici, car ils ne mentionnent pas tous le devenir de Judas. Seul Mathieu (Matthieu 27 : 5) et les Actes (1 : 18) disent qu’il s’est tué et l’apparente contradiction entre les deux textes n’est pas inexplicable : un pendu par suicide peut aussi tomber sur un objet blessant sur lequel il a pu monter, par exemple, avant de le basculer. Une image d’un site athéedonne ce genre d’exemple.

Cependant si les trois autres évangiles ne parlent pas de son suicide, en ce qui concerne ce texte apocryphe on peut s’étonner qu’il n’en fasse pas mention, car ne s’agit-il pas d’un évangile rédigé par ses disciples? Une explication est qu’ils ont peut-être voulu faire croire qu’il n’avait pas pu le signaler puisque justement il s’était donné la mort. Cela l’aurait-il alors empêché de l’écrire avant?

L’évangile de Judas dit aussi que le disciple aurait à subir la maltraitance à travers les siècles. Voila encore une criante négation de la Parole (Hébreu 9 : 27). Les morts sont là où ils sont et les insultes à l’encontre de Judas sont en déshérence.

A trop vouloir chercher à côté de la Bible, on peut arriver à des inventions syncrétiques comme celles des Catholiques japonais qui tendent presque à considérer que la repentance de Pierre après sa trahison (Marc 14 : 72) est inférieure à celle de Judas qui, lui, aurait eu un geste d’honneur en se suicidant (doutons qu’à ce moment, Judas l’ai fait par sens de l’honneur et, qui plus, est cela ne peut absolument pas équivaloir à un repentir).

QUID DE JESUS ?

Jésus est crucifié et l’Evangile apocryphe est conclu. En effet, Judas a permis qu’il soit dépouillé de son enveloppe. Si un Chrétien pouvait penser que ce texte complète les Ecritures il devrait se poser non seulement des questions sur la compatibilité, mais aussi sur la conformité de cet écrit avec le/au « reste » de la Parole.

PORTEE DE CET EVANGILE

Il est légitime de s’inquiéter quant aux conséquences de la publication de cet évangile, bonne nouvelle douteuse, qui prétend rajouter plus qu’un iota à la Parole. L’inquiétude est d’autant plus permise quand nous voyons l’hystérie autour du Da Vinci Code.

Certains qui ne se soucient pas de la foi et de l’histoire de l’Eglise, dès qu’ils entendent parler d’un texte révolutionnaire en la matière, se précipitent chez le libraire pour s’offrir une culture théologique, voire littéraire en ce qui concerne ces romans, qui n’est certainement pas du meilleur cru. Et ils ne sont probablement pas peu nombreux ceux qui n’arrivent pas à distinguer la fiction de la réalité.

Avant même la publication de cet évangile quelques livres portaient à peu près le même titre (de Nicolas Grimaldi, Maurice Chappaz, Daniel Eastermann, …) preuve que le sujet est porteur. C’est un filon intéressant du fait qu’on présente sous un angle singulier un nom réprimandé à travers le temps en Chrétienté.

Le bruit recommence à courir que c’est uniquement au Concile de Nicée (325) qu’il a été décidé, sous l’impulsion de l’Empereur Constantin d’écarter la trentaine d’autres évangiles alors que dès le deuxième siècle les Chrétiens ne se référaient plus qu’aux quatre évangiles qui allaient être canonisés et aux épîtres que contient notre Bible. Le Saint Esprit guidait l’émergence de l’Eglise et la critique scientifique a le devoir, par souci d’honnêteté, d’admettre qu’en matière de foi elle rencontre une zone qu’elle ne peut appréhender et, donc, ne peut nier l’action de l’Esprit. La foi dépasse les discours exagérément rationalistes.

En réalité, Dieu sait défendre sa Parole qui ne passera pas (Matthieu 5 : 18) et à l’exécution de laquelle il veille (Jérémie 1 : 12). Quand on prétendit critiquer de manière scientifique sa Parole, le Seigneur permit la découverte des manuscrits de la grotte de Qmrân, au bord de la Mer morte, au moment souhaité. Charles Spurgeon n’avait-il pas ce bon mot « défendre la Bible? Autant défendre un lion! » ?

Finalement pour qui est ébranlé et ne connaît pas encore le Christ, la Bible ne dit-elle pas qu’elle ne repose « pas sur les discours persuasifs de la sagesse, mais sur une démonstration d’Esprit et de puissance » (1Corinthiens 2:4). Celui qui a des doutes peut se tourner vers Dieu pour le prier.

Jean Degert

Notes:
* Mes remerciements vont à David Leigh qui a bien voulu relire ma traduction et à Rachel Hannhardt, Jean Gasteuil et Alexander Foote qui m’ont simultanément aidé par leur suggestion quant à la formulation d’une phrase pourtant simple.

** Le texte en anglais se trouve au lien suivant : http://www9.nationalgeographic.com/lostgospel/_pdf/GospelofJudas.pdf

*** Bien que tout le texte ait été traduit, il ne s’agit pas d’une traduction littérale qui aurait été trop lourde dans un article. En effet, les dialogues sont émaillés de tels manques, que les restituer tels quels ne présenterait d’autre intérêt qu’archéologique. Il s’agit d’un texte que je ne trouve pas très beau, même s’il se veut parfois poétique. Quand il y a eu des phrases avec trop de manques, je n’ai vu aucun intérêt à les restituer. Certaines phrases peuvent sembler difficiles, cela est du aux manques qui privent d’éclairage; peut-être aussi à une certaine volonté d’hermétisme sans abus des caïnites dans le but de rendre l’évangile assez attrayant. Enfin, j’ai alterné, selon les scènes et les actes, présent et passé simple de façon volontaire.

Enfin, pour qui souhaite en savoir plus sur les apocryphes, deux livres intéressants en traitent sans évidemment parler de l’évangile de Judas trop récent :
– Le mystère apocryphe ; Dir. J.-D. Kaestil et D. Marguerat, éd. Labor et Fides, 1995
– La Bible apocryphe ; F. Amiot (parmi les textes choisis par Daniel Rops), Librairie Arthème Fayard, Paris, 1952.

Source : VoxDei