20 églises attaquées par des fondamentalistes hindous

Les chrétiens accusent la police d’inaction

Mangalore, 15 septembre 2008 (Apic) Quelque 20 églises ont été saccagées à Mangalore, Udupi, Chikmalagur, et dans d’autres districts de Tamil Nadu, dans le sud-ouest de l’Inde, le 14 septembre. Les chrétiens accusent la police de ne rien faire pour empêcher ces attaques par des hindous fondamentalistes.

Le 14 septembre, des groupes appartenant à la Sangh Parivar, organisation faîtière de groupes paramilitaires hindous, ont saccagé des églises catholiques, des temples protestants ainsi que des édifices religieux appartenant aux Témoins de Jehovah et à des communautés évangéliques.

Malgré le couvre-feu et l’interdiction de tout rassemblement ordonnés par les autorités indiennes, des fondamentalistes hindous ont détruit tout ce qu’ils pouvaient trouver à l’intérieur de l’église Saint Sébastien à Permannur, y compris les vitraux et le mobilier. Les chrétiens ont aussi ignoré les consignes et ont manifesté contre la police, qui a arrêté des dizaines de personnes.

Un groupe de jeunes de la Rashtriya Swayamsevak Sangh (RSS), a pénétré dans la chapelle de l’adoration du monastère de Milagres qui appartient aux Sœurs Clarisses. Il a détruit tout ce qu’il pouvait trouver. Très rapidement, les vandales ont profané le tabernacle, l’ostensoir, un crucifix, les vases sur l’autel et quelques statues de saints. Des témoins oculaires qui se trouvaient dans la chapelle ont déclaré qu’ils étaient armés de pierres et de lourds bâtons. Certains fidèles ont tenté de les arrêter, mais ils ont été battus et ont dû être hospitalisés.

Des attaques semblables se sont produites à Belthangady, Kodaikal, Chikmangalore, Udupi, Koloor, Chickmangalore, Kundapur, Karkal, Koppa, Balehanoor et Moodbidri.

La police avoue avoir été au courant

Le surintendant de la police de Mangalore a admis que la police avait été informée que quelques organisations hindoues planifiaient des attaques contre les lieux de cultes chrétiens, mais qu’elle n’a rien fait pour les prévenir.

Le chancelier du diocèse de Mangalore, le Père Henry Sequeira, critique l’attitude de la police: « Si la police est au courant de la préparation de tels actes et ne prévient pas, il n’y a plus d’espoir. »

A Milagres, ce sont des centaines de chrétiens qui se sont réunis pour défendre leurs églises. Certains fidèles qui voulaient se rendre en foule à l’église dimanche soir ont été battus par la police, qui a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser la foule.

Par ailleurs, la police a arrêté cinq jeunes membres du groupe fondamentaliste hindou Bajrang Dal, à l’origine de l’attaque contre l’église des Clarisses.

Mahendra Kumar, l’un des dirigeants de l’organisation des jeunes militants hindous, a nié que son groupe ait attaqué une église catholique, arguant qu’il ne s’attaque qu’aux salles de prière appartenant à la secte évangélique Nouvelle Vie. Il a même affirmé que d’autres attaques sont prévues.

Ce nouvel épisode de la violence est la suite des tensions entre chrétiens et fondamentalistes hindous, provoquées par l’assassinat d’un hindou radical par des rebelles maoïstes. La Sangh Parivar a accusé la communauté chrétienne d’être responsable de cette mort dans le cadre de sa campagne de conversion forcée d’hindous au christianisme. La violence s’est alors étendue à d’autres Etats de l’Inde: Madya Pradesh, Chhattisgarh et Karnataka.

Des groupes chrétiens et des partis politiques ont pour leur part demandét l’interdiction des organisations hindouistes responsables des attaques contre les chrétiens en Inde. Des appels ont été lancés à New Delhi par le Conseil chrétien pan-indien, le Forum social chrétien ou encore le Parti du pouvoir populaire (Lok Janashakti Party), d’obédience communiste. Tous demandent l’interdiction du Bajrang Dal et du Vishwa Hindu Parishad (VHP, Conseil mondial hindou), deux des principales organisations de la galaxie hindouiste qui gravitent autour du Bharatiya Janata Party (BJP, le Parti du peuple indien), vitrine politique des extrémistes hindous.

Sur le plan international, le ministre italien des Affaires étrangères a indiqué que les persécutions antichrétiennes en Orissa ont été inscrites à l’ordre du jour du prochain sommet entre l’Union européenne et l’Inde, qui se tiendra à Paris les 29 et 30 septembre prochains, indique Eglises d’Asie.

C’est l’Italie qui a demandé l’inscription de ce sujet, proposition acceptée par les 26 autres membres de l’UE. Ce sommet, le quatrième depuis 2004 et la mise en place d’« un partenariat stratégique » entre l’Europe et l’Inde, sera présidé par le Premier ministre Manmohan Singh et le président Nicolas Sarkozy, qui assume actuellement la présidence de l’UE.

 

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