Les Principautés et les Pouvoirs, par Arthur Katz

Note: Les termes “principauté” et “pouvoir” employés dans cette traduction correspondent aux mots qu’utilise la Bible dite “à la Colombe.”  Dans la traduction Segond, on trouve “dominations et autorités”; dans la Bible de Jérusalem, “Principautés et Puissances”; dans la traduction Synodale, on trouve “dominations et puissances.”

Le sujet de ce soir est difficile, de tous les points de vue; il est en lui-même complexe; il ne nous est pas familier; d’autre part, les dominateurs des ténèbres font tout ce qui est en leur pouvoir pour faire obstruction.  Avant même d’avoir commencé, déjà je me sens épuisé, tellement la lutte est intense.  Nous allons avoir grand besoin de la grâce, de cette grâce qui est accordée pour la prédication.

Je vous demanderai donc simplement d’unir votre esprit au nôtre; car ce soir, de deux choses l’une: ou bien nous allons sombrer dans une totale confusion, ou bien il y aura une percée spirituelle qui nous permettra d’accéder à une dimension nouvelle, transcendante.  Toutes les conditions sont réunies pour que nous vivions une heure qui marquera l’histoire de l’Eglise, simplement du fait que ce soir la Parole sera proclamée.  Je ne dis pas cela pour créer une ambiance mélodramatique, mais seulement pour mettre votre esprit en éveil, pour vous inviter à la prière maintenant, et même pour que vous restiez dans une attitude de prière tout au long de la soirée.  Si votre pensée n’ arrive pas à tout comprendre, ne paniquez pas: il existe des domaines plus profonds que celui de la pensée.  Alors, que votre esprit reçoive ces paroles comme on reçoit une greffe; ne vous laissez pas bloquer par l’anxiété, ni par votre inquiétude pour nous; mais soyons des collaborateurs qui s’attachent à donner le jour à quelque chose, à accomplir un travail d’enfantement, afin que prenne forme ce qui doit être annoncé ce soir.  Il y faut l’action concertée de l’ ensemble de l’Eglise: cela ne tient pas à la virtuosité de tel ou tel orateur.  Les pouvoirs de l’enfer tremblent à la perspective de cette soirée.  Nous pouvons leur infliger une défaite conséquente, qui dépend dans une large mesure de la façon dont nous allons répondre et réagir.

Je voudrais lire le passage qui est au cœur de notre réflexion ce soir.  Nous avons commencé ce matin avec Éphésiens 3:8, le passage où Paul dit:

A moi, qui suis le moindre de tous les saints, cette grâce a été accordée d’annoncer aux païens comme une bonne nouvelle la richesse insondable du Christ, et de mettre en lumière la dispensation du mystère caché de toute éternité en Dieu, le créateur de toutes choses; ainsi désormais les principautés et les pouvoirs dans les lieux célestes connaissent par l’Eglise la sagesse de Dieu dans sa grande diversité, selon le dessein éternel qu’ Il a réalisé par le Christ-Jésus notre Seigneur (Eph.  3:8-11 ).

Mon sujet, ce soir, est “les principautés et les pouvoirs.”  Je poserai aussi la question de savoir quelle est cette “sagesse de Dieu dans sa grande diversité”, qui doit à présent leur être annoncée.  Car tel est le dessein éternel de Dieu pour l’Eglise: et si nous échouons en cela, nous échouons sur toute la ligne.

Je suis d’ accord avec un auteur américain qui disait, à propos des pouvoirs, que l’Eglise est d’une ignorance et d’une naïveté étonnante à leur sujet.  En effet, cette ignorance et cette indifférence sont étonnantes, car le sujet n’est pas seulement intéressant, il est fondamental: la vocation même de l’Eglise en dépend.  Jusqu’à présent, nous nous sommes spécialisés dans les thèmes secondaires et avons laissé tomber ce thème essentiel, condamnant ainsi toute notre activité à une relative futilité, une relative stérilité.  Nous dissipons notre énergie sur le plan horizontal et terrestre, bien que Paul nous ait prévenus que “nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang (contre des personnes humaines) mais contre les principautés, contre les pouvoirs, contre les dominateurs des ténèbres d’ici-bas, contre les esprits du mal dans les lieux célestes” (Eph. 6:12).  C’est une lutte, un corps à corps, un combat collectif, qui exige que nous agissions ensemble, en tant que Corps de Christ et armée de Dieu.  Seul un corps de combattants peut faire face à cette réalité-là.  Qu’est-ce que cela veut dire, “les principautés, les pouvoirs, les dominateurs des ténèbres dans les lieux célestes ?”  C’est tout un domaine mystérieux: le ciel dont il est question ici n’est pas celui où Dieu réside, mais c’est quelque chose dans l’atmosphère même qui entoure la terre: les dominateurs des ténèbres, les princes de l’air, qui influencent la conduite des hommes et des nations plus que nous ne le supposons.

Dieu a tout créé; même ces principautés et ces pouvoirs font partie d’un ordre angélique, d’un ordre spirituel que Dieu créa au commencement afin de réaliser Ses propres desseins; mais elles ont cherché à se déifier elles-mêmes, et à détourner à leur profit l’attention et la loyauté des hommes.  Elles s’efforcent d’établir leurs propres valeurs, en contradiction avec Dieu; elles cherchent à détourner l’humanité de Dieu.  Elles agissent donc par l’intermédiaire des nations, des institutions, de l’économie, de la culture, de la politique, de la religion.  Nous voyons leur pouvoir se manifester dans le nationalisme, dans les rivalités, dans les guerres; dans tout ce qui exalte la race, le pouvoir.

Il y avait des théologiens allemands qui refusaient de tenir ce thème pour respectable ou digne de leur attention.  Ils étaient gênés par les allusions de Paul à ces entités spirituelles et ne voulaient voir dans ces références qu’un simple vestige de sa culture rabbinique.  En effet, les puissances démoniaques des ténèbres ne sont pas un sujet de conversation poli.  Eh bien,ces théologiens-là ont fait, de leur vivant, l’expérience de ces puissances, au travers du paganisme, de la violence et de la mort qui caractérisaient l’Allemagne nazie, le jour où ces puissances ont fait irruption dans cette nation sans rencontrer de résistance.  Elles ont accaparé à leur profit la loyauté des hommes, au nom de la race, au nom de la nation; elles ont instauré un ordre nouveau, une distorsion perverse, une manifestation antichristique.  On a dit à juste titre que l’Allemagne avait perdu la deuxième guerre mondiale, mais que les puissances des ténèbres qui avaient provoqué cette guerre ne rencontrent toujours pas de résistance.

Même notre vocabulaire témoigne de ces réalités.  Nous disons: “il y a quelque chose dans l’air.”  Nous allons d’un pays à l’autre; et dès l’instant où l’avion se pose, nous flairons “ce qui est dans l’air.”  Il serait naïf et insensé de notre part de persévérer dans notre ignorance volontaire.  Vous demanderez peut-être: “Dans quelle mesure ces esprits invisibles de l’air peuvent-ils exercer une influence ?” Suffisamment pour crucifier le Christ, comme nous l’apprend la deuxième Epitre aux Corinthiens:

C ‘est une sagesse que nous prêchons parmi les parfaits, sagesse qui n’est pas de ce siècle ni des princes de ce siècle, qui vont être réduits à l’impuissance; nous prêchons la sagesse de Dieu, mystérieuse et cachée, que Dieu avait prédestinée avant les siècles, pour notre gloire; aucun des princes de ce siècle ne l’a connue, car s’ils l’avaient connue, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire (I Co. 2:6-8).

L’expression “princes de ce siècle” ne désigne pas des êtres humains, mais les dominateurs des ténèbres, les principautés et les pouvoirs de l’ air, ces entités invisibles et supraterrestres qui opèrent au travers des autorités de ce monde, lesquelles ignorent que de telles influences existent.  S’ils avaient compris la sagesse de Dieu, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire.  Sachez le donc, ils ont une grande influence.

Je crois qu’il nous manque encore une histoire des civilisations écrite par des chrétiens, car nous sommes incapables d’expliquer de façon satisfaisante même l’histoire de notre propre siècle, à moins de tenir compte de l’influence des pouvoirs invisibles de l’air qui ont influencé la conduite des nations dans notre génération.  Le totalitarisme et le nazisme ne s’expliquent pas, si l’on fait abstraction de ces réalités-là.  Cela dépasse la sociologie et les sciences politiques: il s’agit d’occultisme, de satanisme, de démonisme; on a affaire aux pouvoirs ténébreux et invisibles de l’air.  Il nous faut acquérir assez de maturité pour reconnaître ce qui est; non pour accomplir quelque pénible devoir, mais tout simplement parce que l’enjeu est le but éternel que Dieu a assigné à l’Eglise.  Merci, Seigneur, de nous avoir amenés au moins jusqu’ici.  Et maintenant je vous propose de réfléchir à un autre aspect de la question.

Comprenez-vous qu’il y a un conflit cosmique, une tentative d’assujettissement du cosmos tout entier, une lutte morale entre deux ordres moraux différents pour la maîtrise du cosmos ?  D’une part il y a la justice, la sainteté et l’humilité de Dieu, et d’autre part, une autre sorte de sagesse qui s’oppose à la première, de façon diabolique et de A jusqu’à Z.  Sur quoi se fonde cette autre sagesse ?  Sur la convoitise, la force, la puissance, les menaces, la séduction, l’intimidation, la peur.  Par ces moyens-là, les principautés et les pouvoirs dominent, contrôlent et manipulent toute l’humanité.  Nous lisons dans l’Epitre aux Colossiens que Christ “a dépouillé les principautés et les pouvoirs, et les a publiquement livrés en spectacle, en triomphant d’eux par la croix” (Col. 2:15).  Ils sont désarmés et vaincus.  Ils n’ont plus aucun pouvoir légal effectif pour accomplir leurs projets.  Ils ne peuvent tourmenter que les ignorants et les aveugles spirituels qui n’ont pas compris que ces pouvoirs ont été désarmés et brisés à la croix.  Comprenez-vous pourquoi Paul ne voulait rien connaître d’autre que Christ, et Christ crucifié ?  Il y a dans l’œuvre de Jésus à la croix un enjeu qui dépasse notre rédemption.  Dieu était en Christ réconciliant le monde avec Lui-même, réduisant à la soumission les pouvoirs rebelles, pour qu’ils accomplissent les buts en vue desquels ils avaient été créés.  S’ils avaient connu cette sagesse-là, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur.  Toutes les fois que la croix est proclamée avec authenticité, dans toute sa puissance, leur défaite est rendue plus évidente.  Faut-il s’étonner dès lors si nous entendons si peu parler de la croix ?  Il y a dans la croix une puissance; là fut remportée une victoire qui doit être manifestée en tous lieux par la présence et par la parole d’une Eglise remplie de foi.  La présence même d’une telle Eglise est une déclaration face aux principautés et aux pouvoirs: c’est l’annonce de leur défaite imminente.

Là où se trouve cette foi, cette compréhension, cette proclamation, cette confiance dans la victoire chez ceux qui ne sont plus assujettis à la crainte, à la manipulation, ni aux menaces, ces principautés et ces pouvoirs sont obligés de reculer, de battre en retraite, et de cesser d’influencer les hommes dans le territoire en question.  Notre labeur est vain si nous ne comprenons pas ces choses.  Que sont nos évangélisations et nos programmes chrétiens ?  “Du bruit et de la fureur, dépourvus de sens”, si nous n’avons pas commencé par lutter contre les principautés et les pouvoirs de l’air pour briser l’emprise qu’ils avaient depuis toujours sur les territoires où nous cherchons à apporter la lumière de Dieu.

Je tiens à citer un ouvrage classique sur cette question, un livre du théologien hollandais Hendryk Berkhof: “Christ et les pouvoirs” (”Christ and the Powers”).  C’est un tout petit livre, mais un don de Dieu.  Je ne dis pas ceci pour m’excuser, mais je ne suis pas, pour ma part, un chercheur, un érudit pour Dieu.  Je remercie seulement Dieu de la grâce qui me permet de comprendre cet ouvrage et je vous recommande de vous le procurer.  Je ne sais s’il existe une édition française, mais je voudrais citer certains passages.

Berkhof écrit qu’aucune résistance, aucun assaut contre les dieux de ce siècle ne peut porter de fruit, à moins que l’Eglise ne soit, dans son être même, résistance et assaut; à moins que sa vie et sa communion fraternelle ne soient la démonstration de la manière dont les hommes peuvent vivre affranchis des principautés et des pouvoirs.  Tant que nous tremblerons pour notre sécurité, pour nos finances, que nous prendrons modèle sur les techniques du monde pour recueillir des fonds, nous ne constituerons en rien une menace pour ces puissances.  Car il ne s’agit pas seulement de faire une proclamation; encore faut-il que la vie même de l’Eglise soit la démonstration de ce qu’elle proclame, la démonstration de sa liberté vis àvis des pouvoirs invisibles.  Il faut qu’elle soit libérée de la peur, de l’inquiétude, de la séduction, de la manipulation (et nous nous rendons gravement coupables de manipulation, dans nos chambres à coucher comme sur les estrades de nos églises: nos actes et nos paroles sont calculés afin de produire tel ou tel effet, pour obtenir telle ou telle réaction, et tant que nous ne prenons pas conscience de cette attitude, notre sagesse ne diffère en rien de la sagesse des pouvoirs eux-mêmes, et notre témoignage contre eux reste sans valeur.) Nous avons à montrer que non seulement nous ne craignons pas pour notre sécurité, mais encore que nous sommes libres vis à vis de Mammon: oui, joyeusement libres !

“Jésus, je le connais, et Paul, je le connais.  Mais vous, qui êtes-vous ?  Oui, j’entends vos louanges et vos jolis refrains, mais ils sonnent creux.  Ce sont de simples chants dont moi, prince des ténèbres, je ne suis pas obligé de tenir compte.”

Bien-aimés, il y a foi et foi.  Il y a adoration et adoration; il y a louange et louange.  Il faut que sorte de nous, que monte de la terre un cri réclamant l’authenticité dans tous ces domaines.  Lorsque notre louange monte au ciel, une louange qui est autre chose que le produit d’une manipulation charismatique, qui est l’éruption spontanée d’une célébration de Dieu, ce Dieu qui nous a sauvés non seulement du péché et de l’enfer, mais encore de la peur, de l’insécurité, et de l’inquiétude, pour nous transporter dans cette position transcendante qui est celle de la foi apostolique, alors nous faisons plus que de souscrire à de bonnes doctrines: en effet les justesvivront par la foi !

Je ne peux pas prendre le temps de donner des détails biographiques.  Nous avons eu près de neuf ans de vie communautaire, sans aucun revenu extérieur ni emploi séculier.  Nous n’avons aucun lien institutionnel avec une organisation.  Cinquante-cinq âmes vivent ensemble; il faut les nourrir quotidiennement, les vêtir et les loger dans le nord du Minnesota, sous des températures arctiques.  Autant de vraies questions à résoudre: nous ne pouvons pas jouer à la communauté.  La sagesse infiniment variée de Dieu attend d’être manifestée au-delà de la terre, jusque dans le cosmos lui-même, et elle est réservée, dans le dessein de Dieu, à un seul instrument qui est l’Eglise.

Vous le comprenez bien, il s’agit de tout autre chose qu’une institution qui fournit des offices religieux.  Il s’agit d’un peuple qui vit affranchi de la crainte, qui habite déjà l’éternité; qui est joyeusement affranchi de la puissance de Mammon; qui marche dans la lumière, dans la justice et dans la vérité; (et pour citer Berkhof encore) “là où la justice et la miséricorde prévalent dans la vie commune.”

Actuellement, les pouvoirs invisibles dominent librement sur l’Afrique, dressant une race contre l’autre, une tribu contre une autre, et les hommes jouent sur le mot “justice” pour justifier leur propre terreur, leur propre violence; mais il faut qu’une bannière soit élevée dans le monde de ceux qui ont le droit de prononcer ce mot de “justice”, parce que celle-ci est établie de façon manifeste dans leur propre vie commune.  Il y a là une vocation pour une église qui est plus qu’une simple juxtaposition d’individus, assemblés sans engagement; une vocation pour un peuple qui ne fait qu’un, et dont l’intercession collective contraint les pouvoirs de l’air et les principautés à se séparer, et à reculer, au-dessus de son territoire.

Inévitablement, une telle église rencontrera des résistances.  Les pouvoirs eux-mêmes la mettront à l’épreuve, et iront jusqu’à l’opprimer et à la persécuter.  Paul disait que si les princes de ce siècle avaient connu la sagesse de Dieu dans sa grande diversité, ils n’auraient pas crucifié le Seigneur de gloire.  Et si ces pouvoirs ne se sont pas opposés à nous jusqu’à présent, cela ne plaide pas en faveur de notre spiritualité, de notre maturité: c’est scandaleux !  C’est la preuve que nous ne sommes pas encore l’Eglise que nous devrions être.

Mais il est inévitable que ces pouvoirs cherchent à opprimer et à persécuter une Eglise apostolique.  C’est leur acte ultime de désespoir, de même qu’elles étaient au désespoir au sujet de Christ.  Elles se frottèrent allègrement les mains lorsqu’Il fut à leur merci – Lui qui alla à la mort comme un agneau sans ouvrir la bouche, sans leur résister, en s’abandonnant au contraire à leur terrible puissance; et par cet abandon, Il a triomphé d’eux.  Ce fut là l’ultime affrontement, le conflit entre deux sagesses, deux ordres moraux: d’un côté la force, la violence et le pouvoir, une brutalité d’une méchanceté sans bornes; et de l’autre, un agneau, immolé dès la fondation du monde.  Cet agneau n’a même pas ouvert la bouche, il a souffert dans l’humilité et la douceur les pires affronts; et cela a révélé ce qu’Il avait en Lui de meilleur.  Ce que l’ennemi a fait de pire a fait apparaître ce que Dieu avait de meilleur.  Toute la malignité de l’ennemi a rencontré la magnanimité suprême.  Et nous savons qui a remporté la victoire, dans la puissance de cette vie offerte.  Christ a écrasé la tête du serpent; mais il appartient à l’Eglise d’achever ce serpent, non seulement dans le siècle présent, mais encore pour tous les siècles à venir; pas seulement en ce monde pour que soient libérés les captifs, mais afin de manifester pour l’éternité la sagesse infiniment variée de Dieu, et d’inscrire cette sagesse dans l’axe même du cosmos, à la face des principautés et des pouvoirs de l ‘air.

Je ne cherche pas le moins du monde à vous impressionner par des propos religieux, ni à traiter quelque thème ésotérique qu’on aborde rarement: nous sommes au cœur de la question, et je parle de choses on ne peut plus pratiques, on ne peut plus quotidiennes: en effet les grands desseins éternels de Dieu sont en rapport étroit avec notre personne, notre caractère, notre marche quotidienne dans le monde, pour nous qui sommes l’Eglise.  Si nous discernons ces choses, si nous marchons délibérément dans leur lumière, si notre discernement spirituel s’aiguise, si nous commençons à comprendre le jeu de ces pouvoirs dans la civilisation dont nous sommes issus, si nous reconnaissons leur influence dans les institutions éducatives, culturelles, et religieuses, nous marcherons comme des géants sur la terre.  Non seulement les pouvoirs ne nous impressionneront pas, mais encore nous affranchirons les autres d’une domination qui n’a rien de fatal.  Je pourrais vous donner quelques exemples; et il ne s’agit que de tout premiers pas dans cette mise en pratique.

Deux des étudiants africains que nous espérions recevoir chez nous en Amérique ne rencontraient qu’opposition de la part du Consul des Etats-Unis dans leur pays.  Il énumérait toutes les raisons pour lesquelles il ne pouvait leur accorder de visa.  Nous avons tenté de réfuter toutes ces objections.  Il a réclamé une déclaration écrite: nous l’avons envoyée.  Il a demandé des titres de référence supplémentaires: nous les lui avons fournis; pourtant, il s’obstinait dans son refus.  Ces étudiants ont insisté pour qu’il me téléphone, d’Afrique jusqu’ au Minnesota.  Son appel m’a tiré du sommeil vers cinq heures du matin.  Comme vous pouvez l’imaginer, je n’étais pas alors au mieux de ma forme; mais lui l’était.  C’était l’administrateur américain dans toute sa splendeur, avec une diction parfaite; il était très correct, très précis, à cheval sur le règlement, et très autoritaire.  Il m’a expliqué pourquoi sa conscience lui interdisait d’accorder ces visas: il avait des objections d’ordre moral.  Il savait que s’il leur accordait un visa temporaire, ils demanderaient une prolongation une fois arrivés aux Etats-Unis.  Pour je ne sais quelle raison, il trouvait cela immoral.  Dans mon état de demi-sommeil, j’acceptai ses arguments.  Tout semblait tellement juste !  Puis après avoir raccroché, je me dis: “Mais qu’est-ce qu’il peut bien y avoir d’immoral à demander une prolongation de visa, pourvu qu ‘au départ on obtienne son visa en toute légalité ?  Et qui est-il pour avoir des scrupules de conscience au sujet de deux chers jeunes chrétiens, dont la moralité céleste surpasse de loin la sienne ?  Après avoir prié à ce sujet, je reçus la conviction de lui adresser une lettre dans laquelle je mettais fermement les points sur les i.  Je l’envoyai aux deux étudiants plutôt qu’à lui, sachant qu’une telle missive était susceptible de le braquer encore plus contre eux.  Je leur dis: “Lisez cette lettre, priez à ce sujet, puis si vous êtes disposés à prendre le risque, remettez cette lettre au Consul.” C’est ce qu’ils ont fait.  Dans la lettre, je disais en substance: “Entre le fait de s’acquitter d’une charge officielle et celui de faire trop de zèle, il n’y a qu’un pas.  Tous les administrateurs de la terre courent ce risque-là; et il n’existe qu’un seul correctif sûr pour vous garder d’une telle erreur: il consiste à reconnaître que la terre est au Seigneur, avec tout ce qu’elle contient, ainsi que les nations et leurs habitants.  Il importe de vous rappeler, Monsieur, que votre autorité s’exerce dans des limites très précises, et qu’elle a pour but l’accomplissement des desseins de Dieu.  En effet, comme nous le dit Dietrich Bonhoeffer dans son ouvrage sur l’éthique, “les gouvernements eux-mêmes ne sont que des instruments donnés par Dieu pour établir un minimum d’ordre permettant à l’Eglise de continuer à exister, car Dieu a tout créé, y compris les gouvernements, afin que par l’Eglise la sagesse de Dieu puisse être manifestée dans sa grande diversité.”

Le Consul prit ombrage, mais mystérieusement, au bout de quelques jours à peine, nos deux étudiants reçurent leur visa.  Tout ceci dépasse le cadre des relations humaines,”de la chair et du sang.”  Je n’ai pas encore pleinement savouré le mystère de cette expérience, mais il me semble qu’elle s’explique ainsi: l’Eglise a fait une déclaration face aux autorités séculières, avec l’autorité de Dieu, sous l’onction de Dieu, citant la Parole de Dieu comme titre de référence, amenant ainsi les autorités humaines à reconnaître les limites que Dieu leur impose.  De ce fait, les principautés et les pouvoirs qui agissaient par l’intermédiaire de ce haut fonctionnaire américain ont été contraints de reculer et de libérer ces deux hommes pour que s’accomplisse le dessein de Dieu.

Dieu attend quelque chose de l’Eglise dans son ensemble: qu’elle manifeste une autorité; qu’elle fasse monter une louange d’une certaine qualité, et qu’elle se livre, en profondeur, à l’intercession collective.  Cela obligera les pouvoirs, les princes de l’air à se séparer, à reculer, à libérer leurs captifs.

Me suivez-vous toujours ?  Etes-vous prêts à en entendre davantage ?  Qu’est-ce donc que cette “sagesse infiniment variée” de Dieu, que l’Eglise est appelée à manifester ?  J’en ai déjà dit quelques mots.  C’est l’antithèse même de la sagesse des princes des ténèbres.  Là où les pouvoirs exaltent la force brutale, la violence, la puissance, Dieu exalte la faiblesse, la folie et l’humilité.  Je me sentais étrangement faible tout à l’heure: j’en étais à me demander si j’aurais la force physique de monter sur l’estrade; alors je rappelais au Seigneur que je n’avais qu’une seule qualification pour prendre la parole ce soir: c’est qu’il Lui plaît, par la folie de la prédication, de sauver ceux qui croiront, et qu’il a choisi les choses faibles et folles du monde pour confondre celles qui sont sages et puissantes.  Faisons-nous notre spécialité des choses folles et faibles ?  Consentons-nous à souffrir cette humiliation qu’est la faiblesse ?  Ou bien reflétons-nous la sagesse des pouvoirs eux-mêmes ?  Si tel est le cas, nous ne constituons en rien une menace pour eux.  Mais si nous voulons être de plus en plus une Eglise apostolique, nous attirerons contre nous-mêmes l’opposition et les persécutions de ces pouvoirs invisibles.  En fait je commence tout juste à comprendre non seulement pourquoi les chrétiens sont persécutés, mais encore pourquoi, tout au long de l’histoire, cette persécution a pris des formes incroyablement véhémentes et cruelles.  On n’a pas simplement mis des gens à mort: on les a dépecés tout vivants, sciés en deux, brûlés sur le bûcher.  Il y a là une méchanceté, une cruauté inqualifiables, une haine diabolique qui s’élève contre Dieu et contre les hommes pour les faire capituler, pour leur imposer ses conditions.  Cette méchanceté rencontre un comportement totalement opposé chez ceux qui aiment leurs ennemis et prient pour leurs persécuteurs, et disent dans leur dernier souffle: “Ne leur impute pas ce péché.” Quand Etienne rendit son dernier soupir en disant ces mots, la puissance éternelle de cette parole a brisé quelque chose chez les pouvoirs de l’air au dessus de lui; alors, un certain juif courroucé ressentit dans sa conscience la piqûre d’un aiguillon, sous lequel il finit par capituler alors qu’il faisait route vers Damas.

Il se passe quelque chose quand cette extrême méchanceté rencontre l’humilité et la douceur: il y a alors manifestation de la sagesse infiniment variée de Dieu, et ces pouvoirs sont obligés de le reconnaître, car une seule chose les impressionne: la nature divine elle-même, cette sainteté qui caractérise Dieu, et qui se révèle dans des situations de violence, d’oppression extrême, quand la souffrance est à son comble.  N’est-ce pas ce qui s’est produit sur la croix ?  On n’a pas vu Jésus se tordre en gémissant dans une ultime tentative pour préserver sa vie biologique.  Au contraire, il a “rendu l’esprit.”  “Père, pardonne-leur.”  Si bien qu’un certain païen, un centurion romain, un professionnel de la brutalité, un homme entraîné au meurtre, qui en avait vu beaucoup se tordre et mourir en croix, et qui avait craché avec mépris sur ces hommes qui s’accrochaient à leur vie – ce païen a vu mourir l’Homme-Dieu dans une douleur indicible, mais mourir magnifiquement.  Alors ce romain a laissé échapper ces mots dont il ne mesurait pas lui-même la portée: “Vraiment, cet homme-là est le Fils de Dieu.”

Comme Jésus a marché, nous aussi nous sommes appelés à marcher en ce monde. Dieu attend une manifestation finale qui pénétrera jusqu’au cœur même du cosmos, et cette manifestation viendra de l’Eglise accomplissant le dessein éternel de Dieu.

Je ne crois pas que ma femme sera gênée si je vous raconte ce qui suit.  Nous avons, elle et moi, une longue histoire faite de conflits entre juif et non-juive, entre homme et femme: le mystère de l’Eglise.  Que de fois j’ai réagi avec colère, en utilisant la force, l’intimidation, la menace; mais par la grâce de Dieu, cette grâce qui est donnée, quelque chose se passe en moi.  Il y a quelques mois, ma femme m’a dit une chose qui m’a tellement contrarié que tout ce qu’il y a de naturel et d’humain en moi voulait se dresser avec colère.  Mais par la grâce qui oeuvre en moi, et à cause du privilège que j’ai de faire partie d’une communauté véritable au sein du peuple de Dieu, je me suis entendu répondre autrement, avec douceur, avec bonté, mais selon la vérité.  J’ai simplement dit: “Tu es une femme bien désagréable.”  Elle a ouvert de grands yeux, et j’ai compris qu’il se passait quelque chose à ce moment-là.  Riez si cela vous fait plaisir, mais je sais que les pouvoirs de l’air qui jusque là avaient plané sur notre foyer pour exercer leur vengeance et leur méchanceté ont été contraints de lâcher quelque chose, de s’écarter, de libérer ma femme à cause de cette réponse douce qui était en accord avec la nature de Dieu.

La question qui se pose à nous maintenant est celle-ci: comment réagirons-nous dans des situations extrêmes de difficulté et de persécution ?  Il y a nos petites impatiences, notre esprit critique, notre mépris, nos irritations les uns envers les autres; tout cela prouve que nous sommes bien mal préparés.  Comme nous manquons de sagesse !  En effet les petites choses dont nous nous plaignons dans l’Eglise (en particulier les épreuves et les agacements que nous infligent les autres chrétiens) sont très exactement ce que Dieu nous envoie pour façonner en nous ses dispositions divines, pour nous préparer à être capables de répondre de façon divine quand viendra la persécution suprême; alors nous resterons debout avec grâce, et nous serons une manifestation de la sagesse de Dieu, une démonstration du triomphe que Christ a remporté sur la croix.  Par l’Esprit éternel, nous nous offrirons comme Jésus s’est offert au Père à Ses derniers instants.  L’Esprit éternel offrait alors en sacrifice Dieu Lui-même; en ces moments suprêmes, au sein de l’épreuve et de la souffrance, la sagesse de Dieu s’est manifestée à la face des pouvoirs de telle façon qu’ils ont été dépouillés, livrés en spectacle par Dieu qui se faisait alors tout en tous et inscrivait au cœur même du cosmos la quintessence de Sa propre Personne.

Quand une manifestation semblable viendra de nous, alors il ne manquera plus rien à la victoire.  Les pouvoirs seront écrasés, la création sera libérée, et toute autorité appartiendra à Jésus-Christ.  Le dernier ennemi, qui est la mort, sera vaincu.  Tel est le dessein éternel de Dieu pour l’Eglise.  L’expression “être crucifié avec Christ” n’est pas facultative et n’a rien d’un luxe; c’est au contraire le fondement même de notre victoire.  En effet, une fois qu’on est passé par cette mort et qu’on est ressuscité en nouveauté de vie, qu’y-a-t-il à craindre ?

Ce message est un appel à la maturité, pour que l’Eglise entre dans sa plénitude selon le dessein éternel de Dieu pour nous, selon le dessein en vue duquel Il a créé toutes choses, afin que par l’Eglise la sagesse infiniment variée de Dieu soit manifestée aux principautés et aux pouvoirs de l’air.

Ne pensez pas que j’aie épuisé la question ce soir.  Ceci n’est qu’un début, mais un début nécessaire.  Croyez-moi, les pouvoirs des ténèbres n’en sont pas heureux.  Une semence a été déposée dans votre esprit, afin que toute une perspective nouvelle s’ouvre devant vous, et afin que nous reconnaissions quelle est notre haute vocation dans le Christ Jésus.  Le but de notre existence dépasse de beaucoup notre propre personne.  Il dépasse même l’instauration d’un Royaume sur la terre.  Tout ceci dépasse la terre et retentit sur les siècles à venir.  L’enjeu, c’est l’ordre moral du cosmos tout entier.  Voilà le but que Dieu assigne à l’Eglise.

Puissions-nous voir notre vocation et nous lever pour l’accueillir.  Puissions-nous accueillir chaque difficulté, chaque épreuve de la vie comme venant de la main de Dieu.  Nous porterons alors un tout autre regard sur la souffrance; nous serons alors beaucoup plus réalistes au sujet des persécutions à venir.  Elles ne seront pas un sujet de lamentations, mais un sujet de joie, un privilège, notre haute vocation, par laquelle nous serons trouvés éternellement en Christ.

Je désire prier pour cela.  Merci, Seigneur bien-aimé, pour le jour des petits commencements.  C’est un tout petit enfant qui naquit dans l’étable à Bethlehem, et pourtant cet enfant contenait en puissance tous les attributs du Roi.  Alors je prie pour le petit commencement qui nous réunit aujourd’hui, pour ce séminaire, comme on l’appelle, afin qu’il soit un temps d’enfantement, un temps pendant lequel seront conçues des choses saintes; afin que voient le jour des déclarations qui n’ont encore jamais été faites, et qu’il y ait des professions de foi apostolique comme il n’y en a encore pas eu, des professions de cette foi venant de ce qu’on entend; je prie pour que soit entendue la parole qui a été envoyée.

Seigneur, couvre-nous jalousement de Tes ailes.  Arrose et nourris la semence qui vient d’être déposée; puisse-t-elle prendre racine en profondeur, grandir comme une racine en terre aride, une plantation de l’Eternel qui portera du fruit pour l’éternité.  Je prie pour que soit bénie la parole qui vient d’être donnée.  Scelle-la dans notre esprit; et si notre pensée n’a pas pu tout saisir en une fois, alors que quelque chose monte des profondeurs de notre esprit et finisse par atteindre le seuil de notre conscience, pour affecter profondément notre conduite et notre vie.  Puissions-nous nous voir les uns les autres dans une lumière nouvelle à partir de ce soir: non comme des étrangers juxtaposés dans le même local, mais comme un corps, comme l’Eglise qui est appelée à accomplir un dessein éternel.  Puissions-nous nous consacrer à ce dessein, en nous offrant en sacrifice vivant par l’Esprit éternel, afin qu’il y ait de la gloire pour Toi jusque dans l’éternité, au siècle des siècles.  Nous te prions dans le Nom de Jésus.  AMEN.

Arthur Katz

(Traductrice – Liliane Fleurian)