La découverte capitale du palais de David relance la controverse sur les droits des Juifs sur Jérusalem

par David Hazony*

Article original:
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La récente découverte archéologique, considérée par certains comme étant le palais biblique construit par le Roi David, suscite la polémique à propos du droit des Juifs de réclamer leur appartenance à Jérusalem. Dans ce que beaucoup d’archéologues saluent comme étant la découverte majeure du siècle, les restes d’une structure massive datant de la période du roi David ont été exhumés au coeur de la Jérusalem biblique.

Eilat Mazar, l’archéologue israélienne dirigeant les fouilles, a suggéré que cela pouvait en fait être le palais construit par David et décrit dans la Bible. Sa découverte a ravivé la controverse parmi les archéologues israéliens au sujet de leurs racines: ces dernières années, un certain nombre d’éminents archéologues, parmi lesquels le réputé Israel Finkelstein, président du département d’archéologie de l’Université de Tel Aviv et auteur du best-seller paru en 2001 La Bible dévoilée, ont argué que les explications bibliques considérant Jérusalem comme siège d’une grande monarchie unie selon la loi de David et de Salomon étaient fausses. Si l’hypothèse de Mazar s’avère juste, cela décrédibiliserait de manière conséquente les preuves de Finkelstein et de ses partisans.

Ses résultats affecteront sans doute également la bataille politique à un niveau plus vaste, au sujet de Jérusalem, et plus précisément sur la question de savoir si les Juifs sont originaires de cette ville et y ont ainsi un droit particulier, ou si le concept d’origine juive de Jérusalem n’est rien d’autre qu’un mythe.

Avec cette découverte au potentiel retentissant, le scepticisme sera sans doute important, que ce soit pour des raisons politiques ou intellectuelles. Pourtant, il existe beaucoup de bonnes raisons d’identifier la découverte de Mazar, au moins provisoirement, comme étant le palais décrit dans le livre de Samuel. Ces raisons méritent d’être entendues.

Selon les preuves archéologiques, Jérusalem a été fondée durant deux millénaires, avant que David ne soit arrivé sur la scène, 1000 ans environ avant Jésus-Christ. En raison de sa topographie unique sur une haute colline nichée entre deux vallées profondes qui convergent en son point méridional, bénie par deux abondantes sources d’eau et exposée aux attaques le long d’une arête nord uniquement, l’endroit s’avérait idéal pour y établir la capitale d’un royaume.

Par conséquent, David n’a pas détruit la ville quand il l’a conquise en se battant contre les Jébusiens (NDT: une tribu cananéenne), mais l’a plutôt investie. L’apport le plus notable fut le palais construit par le roi de Phénicie, Hiram de Tyr, en guise de cadeau d’amitié.

Se basant sur le compte rendu biblique, couplée aux indices textuels quant à la topographie et à des résultats précédemment édités par Kathleen Kenyon, Mazar a formulé son hypothèse sur l’emplacement du palais dans un article paru en 1997 dans la revue Biblical Archaeology Review.

« Si quelqu’un considère cette hypothèse comme trop spéculative, je me dois de la mettre en avant dans cet article », écrivait-elle. Sa réponse était la suivante : « Mettons-la à l’essai de la même manière que les archéologues vérifient leurs théories : par des fouilles ». Début 2005, avec l’appui du Centre Shalem, basé à Jérusamen, la Fondation de la Ville de David et l’Université hébraïque, Mazar a alors réalisé son but.

La preuve qu’elle a découverte est remarquable: une section d’un mur massif, qui court sur environ 30 mètres d’ouest en est avant de faire un angle droit vers le sud, implique l’existence d’un bâtiment de très grande dimension. D’autres résultats incluent des tessons de poterie, découverts dans le mastic des murs entre les pierres, qui ont été datés au 11ème siècle avant Jésus-Christ, date probablement la plus ancienne de la construction.

De plus, le bâtiment est placé directement sur le lit de la roche, le long de la façade nord de la ville, sans aucune couche archéologique sous-terraine. Ceci implique que la structure, établie deux millénaires après la fondation de la ville, constituait une nouvelle expansion vers le nord des limites de la ville, ainsi que cela est décrit dans les textes bibliques. On le situe à ce qui était alors le sommet même de la montagne, un endroit raisonnable pour le palais duquel il est dit que David est descendu – 2 Samuel 5:17.

En outre, Mazar a découvert un remarquable bulla d’argile (NDT: ornement, servant ici également de sceau à cacheter), portant le nom de Yehuchal Ben Shelemiah, prince de Judée du temps du Roi Sédécias, mentionné dans Jeremie 37:3. Cette preuve suggère que quatre siècles après David, l’emplacement était toujours un siège important de la royauté de Judée. Ceci concorde avec la description biblique de l’utilisation en continu du palais, de sa construction jusqu’à la destruction de la Judée par les Babyloniens, en 586 avant Jésus-Christ.

Ces preuves semblent confirmer de manière étonnante la théorie de Mazar selon laquelle ce lieu pourrait être palais de David. L’endroit, la taille, le type et l’âge du bâtiment coïncident entièrement avec la description des textes bibliques. D’ailleurs, aucune autre découverte ne vient infirmer cette hypothèse, comme les statuettes idolâtres ou le crematorium rituel trouvés dans les fouilles contemporaines de l’époque phénicienne. De plus, le bâtiment s’inscrit dans une époque antique où de telles constructions étaient extrêmement rares, ce qui nécessitait d’importants travaux publics.

Naturellement, beaucoup d’archéologues formés dans un monde intellectuel méfiant au sujet de la religion seront extrêmement réticents à comparer une nouvelle découverte archéologique avec le texte de la Bible. D’autres, conduits par un mélange d’intérêt, d’idéologie ou de politique opportuniste, saisiront n’importe quelle bribe d’incertitude dans l’identification de la bâtisse pour distraire l’attention de l’importance de la découverte. Les deux groupes invoqueront le professionnalisme et l’objectivité pour saper l’hypothèse qui identifierait cette découverte au palais du roi David: ils vont soit exiger plus de preuves qu’aucune découverte archéologique n’aie jamais eu à fournir, soit ils l’écarteront tout simplement comme une rêverie au service d’intérêts religieux ou sionistes.

Néanmoins, même s’il ne s’agit pas du palais de David, il ne fait aucun doute que nous sommes en présence d’une découverte révolutionnaire. Elle constitue un précédent en matière de découvertes de construction juives antiques à Jérusalem.

Est-il encore raisonnable de proclamer, ainsi que l’ont fait tant d’archéologues révisionnistes, que l’absence de preuves tangibles de la période des rois prouve que la grande monarchie unifiée par David et Solomon était une invention historique? Fait significatif: le cousin de Malat Mazar, Amihai Mazar (l’un des érudits les plus estimés dans le domaine de l’archéologie biblique, auteur du manuel de référence Archéologie de la Terre Sainte, 10.000-586 av.JC), habituellement très réservé, ait qualifié la découverte de miraculeuse.

En résumé, à condition de ne pas vouloir délibérément en arriver à une conclusion différente, il n’y a aucune raison de ne pas voir dans ce bâtiment le palais de David. Nous sommes simplement face à deux réalités: le texte biblique décrivant en détail la création d’un palais de type phénicien par David sur une montagne particulière, vers la fin du 11e et le début du 10e siècle avant Jésus-Christ; et une structure de grand modèle, de type phénicien, coïncidant en ce qui concerne l’époque, située sur le sommet de cette même montagne, découverte grâce au texte biblique et d’autres découvertes archéologiques précédentes.

Est-ce là la preuve indiscutable? Non. Mais elle est certainement suffisante pour qu’on ne la remette pas totalement en question. La théorie qui voit dans cette découverte le palais du roi David est même en réalité la plus plausible. Ainsi que Mazar le dit elle-même: « Que quiconque veut le nier propose une meilleure théorie ».

Ce n’est ni un souhait imaginaire ni un passé fabriqué de toute pièce, c’est de la science.

David Hazony est rédacteur-en-chef du magazine Azure.